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L'arbre au féminin

Ces arbres nous racontent l'Histoire

Publié le 26 Décembre 2012 par L'arbre au féminin in histoire, renoir, oliviers

  article du figaro.fr

Cyril Drouhet Mis à jour   | publié  Réactions (17)
(Richard Melloul) partie d'article

Les oliviers d'Auguste Renoir

 

Le peintre Auguste Renoir passa les dernières années de sa vie dans son domaine des Collettes à peindre les oliviers qui l'entouraient. (Richard Melloul)
Le peintre Auguste Renoir passa les dernières années de sa vie dans son domaine des Collettes à peindre les oliviers qui l'entouraient. (Richard Melloul)

 

Comme chaque matin, ses fils aînés, Pierre et Jean, l'ont transporté dans ce fauteuil roulant qui ne le quitte plus. Auguste Renoir a 71 ans, une barbe de patriarche, le même visage émacié de sa jeunesse et porte sur son crâne très haut un chapeau de toile blanche qui le protège du soleil méditerranéen. L'homme souffre atrocement de rhumatismes aigus, le calvaire de sa fin de vie. Claude, le cadet, porte sur ses frêles épaules le chevalet, le châssis et la boîte de couleurs. On traverse des pins inondés de lumière, des cyprès de Provence, des arbousiers. Un léger parfum de lavande et de romarin mêlés s'évade d'une herbe sèche et brûlée par un ciel de feu. Renoir s'installe enfin au cœur de son domaine des Collettes, qu'il a acheté cinq ans plus tôt, en 1907, tout près de Cagnes-sur-Mer. Une propriété de trois hectares boisée d'oliviers centenaires. La maladie s'est aggravée depuis quelques mois. Il ne peut plus peindre qu'en se faisant attacher les pinceaux aux poignets.

 

 

Avant de se mettre au travail, il regarde doucement cette terre qui le verra s'éteindre. Les oliviers des Collettes sont parmi les plus beaux du monde. Cinq siècles d'existence, de tempêtes et de sécheresses, d'orages, de gelées, d'élagages et d'abandons, leur ont donné les formes les plus inattendues. Certains troncs ressemblent à des divinités barbares. Les branches se tordent, s'enlacent en des motifs que le décorateur le plus audacieux n'oserait concevoir. Leur feuillage argenté répand une ombre subtile. Et le tout forme une majesté rare alliée à une légèreté aérienne. L'ancien propriétaire prétendait que François Ier les fit planter par ses soldats pour les occuper lors d'une trêve dans ses guerres contre l'empereur Charles Quint. Le lieu inspire Renoir. Il retrouve les gestes qui firent de lui le maître de l'impressionnisme, avec ses amis Monet et Cézanne. Il charge sa pâte, superpose les couleurs, les brosse toujours plus, afin d'obtenir une matière lisse et soyeuse. La lumière et les oliviers prennent naissance sur la toile. Le contour se resserre et se fait plus précis. Il revit. C'est là, le 3 décembre 1919, dans cet Olympe privilégié, que Renoir s'envolera dans la chaleur de ses oliviers.

Les photos de ce reportage ont été exposées au Festival 2010 «Peuples et Nature» de La Gacilly, Morbihan (www.festivalphoto-lagacilly.com).

 

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